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Attribution du prix Raymond Aron 2018

 

Le Prix Raymond Aron 2018

a été décerné par la Société des Amis de Raymond Aron à :

Benjamin Moallic

pour sa thèse de doctorat en sociologie préparée sous la direction de Gilles Bataillon et soutenue à  l'EHESS le 29 juin 2018 : L'émergence des phénomènes associatifs en Amérique centrale (Nicaragua, Salvador, 1960-2009)

La remise du prix a eu lieu le 3 juin 2019 à l'issue de la journée d'études R. Aron sur "Les raisons et les passions. Arguments de la chose commune" organisée à l'EHESS (Amphithéâtre F. Furet) par le CESPRA et la Société des Amis de R. Aron.

 

Résumé de la thèse

Au début des années 1990, au terme d’une décennie de guerres internes, le Salvador et le Nicaragua ont été les théâtres d’une multiplication sans précédent d’associations de développement et d’ONG humanitaires. Provenant des anciennes mouvances révolutionnaires du Front sandiniste de libération nationale au Nicaragua et du Front Farabundo Martí pour la libération nationale au Salvador, ces organisations nouvelles ont été le signe de l’apparition d’un militantisme professionnel et technicisés proche de « l’humanitaire-expert » et en rupture avec les engagements politico-militaires qui avaient jusqu’alors dominé les scènes militantes centraméricaines. Comment dès lors comprendre l’émergence de ces phénomènes associatifs ? Nés à la croisée de bouleversements sociaux et politiques majeurs, entre la fin des guerres, l’effondrement des gestes révolutionnaires et l’avènement de régimes démocratiques, ces faits associatifs ont d’abord été le fruit d’une conversion de leurs dirigeants. Anciens cadres révolutionnaires du parti-État sandiniste et des guérillas salvadoriennes, ceux-ci occupaient en effet déjà à la fin des années 1980 la tête des mouvances associatives du Front sandiniste et du Front Farabundo Martí. Or c’est là, au sein de ces nébuleuses, que ces acteurs se sont saisis de schèmes humanitaires nouveaux et de registres managériaux, entraînant dans leur sillage « l’ONGisation » de leurs organisations et l’investissement de causes féministes, indigénistes ou environnementalistes. De sorte que l’histoire de ces associations et de leur émergence est l’histoire de cette conversion. D’où le choix de ce travail de retracer le parcours de ces militants depuis leur basculement dans la lutte armée et les organisations révolutionnaires jusqu’à leur conversion à l’humanitaire-expert et leur insertion dans le monde des ONG. Ce faisant, ce travail met en résonance plusieurs analyses. Une réflexion d’abord sur les modalités de basculement dans la violence armée et d’incorporation aux organisations de guérillas. Une réflexion ensuite sur les logiques de conversion politique et de reconversion professionnelle des acteurs politico-militaires. Une réflexion enfin sur la naissance des milieux associatifs et la constitution de carrières militantes. Et au travers de ces analyses se dessine in fine une enquête plus générale sur la nature même des phénomènes associatifs au Salvador et au Nicaragua, leurs usages et leurs fonctions, et montrent le rôle de « supports » sociaux et politiques qu’ils jouent aujourd’hui dans les nouvelles démocraties centraméricaines.
 


 


EHESS

ISSN 1775-3678